Frenchonomics, ou la déconomie à la française

France Coq Humour Crise Chômage

Crédits : Mix et Remix

Avant, labourage et pâturage étaient les mamelles de l’économie française. Mais c’était bien avant qu’on invente le costume-cravate, que les terres nourricières soient transformées en parkings de supermarchés ou de résidences secondaires, et que la chimie agricole provoque la stérilisation des terres arables, la disparition des abeilles, et quelques autres plaisirs minuscules pour les agriculteurs et consommateurs sous le haut patronage des fonctionnaires français, européens et internationaux. Bref, c’est mort.

article_autruche

Ensuite, l’élevage industriel a semblé prometteur, permettant aux Français d’exporter du fromage et de manger de la viande à presque tous les repas. C’est mort aussi. Depuis un peu moins longtemps, mais les Allemands fabriquent maintenant les fromages qu’on peut exporter aux gens ayant assez de pouvoir d’achat pour en acheter, mais pas assez de technologie pour en fabriquer, et la France est coincée entre les industriels de la viande plus compétitifs, les éleveurs plus extensifs, et les lobbies plus efficaces(cf le foie gras).

autruche

Après, la France a eu son quart d’heure de célébrité dans l’industrie sérieuse, les taxis de la Marne ayant fait une bonne promo à l’industrie automobile, le France, Concorde, les barrages, le nucléaire, les stylos Bic et le TGV faisant le job pour l’image de la France et de son industrie jusqu’à la crise pétrolière. Mais la rouille, les grèves, les délocalisations et la concurrence ont sonné le glas de tout ça, les Allemands reprenant avec pragmatisme ce qui pouvait être sauvé du déluge tombé sur l’économie mixte après les Trente-Glorieuses, essentiellement l’aéronautique.

Une-Le-Monde-Economie-6-décembre

Crédits – Le Monde 6 décembre 2013

La compétitivité, c’était avant que la France ne se gave de ce qui restait de son héritage à vitesse TGV, ne brade ses rentes comme une veuve joyeusement indigne pour s’offre des vacances, n’hypothèque son avenir en mettant ses djeuns à l’index, ses chercheurs à la pré-retraite et ses vieux à Marrakech ou à l’encan, et ne se dirige inexorablement vers la ruine en emprunter pour financer les dépenses courantes de ses machins nationaux, trucs régionaux, choses locales, et bidules parapublics, ce qui aurait pu marcher un peu plus longtemps si l’Allemagne n’était pas redevenue l’Allemagne, si la Chine n’était pas en train de redevenir la Chine, et si les marchés financiers globaux ne dansaient pas entre un trou noir, des incendies géants et des volcans grondants.

Crédits : Deligne

Maintenant, les entrepreneurs français pas (encore) totalement exilés se concentrent sur l’économie pas sérieuse, du luxe pour les (très) riches aux jeux vidéos pour les (plus ou moins) pauvres, en passant pas les services à la personne solvable ou subventionnée, la formation en France en français, et les plats cuisinés congelés pour les Français moyens pas réfractaires au micro-onde. Ce n’est pas très excitant pour les jeunes gens (dé)formés dans les autoproclamées grandes écoles à calculer des taux de swaps ou de dissipation d’énergie, à conseiller pour des fusions-acquisitions ou des délocalisations, ou à administrer des trucs nationaux ou parapublics.

rafale-hec-lula-bresil-commerce-equitable-l-vavdqp

Crédits : Rodho

Ceux qui creusaient le Canal de Suez, érigeaient la très grande bibliothèque ou posaient des ponts, des barrages et des maisons partout en France et dans le monde, sont passés à l’entretien en PPP des tuyaux d’eau et des piscines municipales, et/ou aux réseaux d’éclairage public ou de téléphone sans fil, les plus nostalgiques continuant à copier-coller des ronds-points municipaux partout pour rester en contact avec la terre (qui ne dément pas, elle), ou à chercher des routes, ports et aéroports à gérer en concession pour continuer à regarder passer des voitures, des bateaux et des avions ; les plus innovants tentant de rattraper leur retard sur les Danois et les Espagnols pour planter des éoliennes en dehors des zones où la vue des châtelains ou le silence des agneaux pourraient être dérangés, ou de ne pas disparaître totalement de secteurs qu’ils dominaient jadis de la tête et des épaules, comme les skis au temps de Killy. Cela rassure (peut-être) un peu les familles, travailleurs, syndicalistes, consultants, prestataires de services, créanciers, fournisseurs, politiciens, chapitres et actionnaires dont le pouvoir d’achat dépend peu ou prou du chiffre d’affaires de ces activités.

203980_industrie

Crédits : Elysée

Ceux qui faisaient dans les services, la distribution, la banque, l’assurance, la chirurgie esthétique ou le conseil patrimonial ont compris  (ou sont morts) que 1% de la population mondiale, même rentière, fonctionnaire et/ou héritière, ça ne suffit pas pour rester dans le peloton des entreprises gardant la maîtrise de leur destin et gagnant de quoi financer leurs ordinateurs portables, des conseillers fiscaux efficaces, des lobbyistes bien connectés et des consultants parlant anglais et bercyen, moins encore les voyages en business des syndicalistes, les séminaires résidentiels en hôtels chics pour tous les cadres, les cotisations aux machins corporatistes et impôts champions du monde, et les notes de frais des cadors parisiens à la fin du XXème siècle, a fortiori au début du XXIème. Cela contrarie pas mal de Français incapable de travailler qui comptaient sur les services pour conserver ou trouver du job tranquille et pas salissant en centre-ville à Paris, mais c’est comme ça, maintenant, il faut accepter le changement.

French President Hollande and Minister for Industrial Recovery Montebourg visit an exhibition on French industrial design and technology at the Elysee Palace in Paris

On dit qu’il y aurait de jeunes entrepreneurs qui tenteraient d’entreprendre dans les trucs à la mode (on dit “innovants”, maintenant) pouvant rapporter en France et même à l’étranger, comme le “green”, le numérique, le high-tech, le social et solidaire, le loisir, la vieillesse, et le culturel, entre autres activités moralement acceptables dans lesquelles les autres sont partis avant et courent plus vite en étant moins chargés, mais où la poussière n’est pas encore totalement retombée et définitivement incrustée. Cela doit être grâce au Président qui s’occupe personnellement de la compétitivité des PME, du pacte pour l’innovation, de la croissance responsable, de la nouvelle diplomatie économique pour vendre le Rafale, le nucléaire et tout ça, pour l’emploi juste et la croissance durable, ou vice-versa (avec le soutien de tous les ministres qui s’en occupent personnellement, à Bercy, aux marges de Bercy et ailleurs).

nicole-bricq-francois-hollande-et-laurent-fabius-le-4-novmeb_1011462

Ceci twitté, on n’a pas encore vu émerger de nouveau Bull bien qu’un bout de Bercy se passionne à fouiller les placards à la recherche des dossiers du Plan Calcul ; les hôtels rentables sont tous rachetés par des boites étrangères comme les clubs de foot viables et les sous-traitants aéronautiques pas mort-vivants ou nationalisés (Airbus et Dassault, c’est autre chose, les Allemands veillent et ne laissent pas les Français bousiller ou brader n’importe comment) ; la délocalisation de l’industrie du sexe (et donc un déclin inévitable des activités connexes en dépendant, notamment les salons professionnels, le football professionnel et la politique professionnelle française en France) semble décidée par l’administration ; quant à la culture, à part celle du cannabis dans les salles de bain, à part Daft Punk sur Youtube (Dailymotion, c’est autre chose, les fonctionnaires de France Télécom veillent et ne laissent pas la boite avancer ou gagner de l’argent) et les Lapins Crétins en jeu vidéo, le temps de l’Ecole de Paris est passé plus vite que les derniers feux de la ville lumière, l’universalisme français étant écrasé par l’unversitarisme parisien politisé pendant que les cinéastes devenaient des fonctionnaires éteignoirs intermittents. Pourtant, Nicole Bricq s’occupe avec un lyrisme volontariste de l’image de la marque France en régions et jusque dans les endroits où l’on ne parle pas français.

366051_la-ministre-du-commerce-exterieur-nicole-bricq-c-le-20-juillet-2012-a-paris

Crédits : afp.com/Eric Piermont

Heureusement, les Trente Glorieuses sont devant nous (c’est la secrétaire nationale à l’économie du Parti, apparatchik en chef pour la déconomie partisane qui ne marche pas, brillamment parachutée député quelque part dans les Hautes-Alpes où tout le monde n’a pas encore l’eau courante pour sa contribution au programme économique électoral de François Hollande, qui le dit, et on n’a pas de preuves qu’elle conduise exclusivement sa mobylette au rétroviseur en marche arrière les yeux fermés).

7758137853_karine-berger-il-est-crucial-de-respecter-les-3-de-deficit

Crédits : RTL – Karine Berger #PS à la recherche de la croissance et des 30 Glorieuses

Heureusement, la France contre-attaque, et regarde l’avenir les yeux dans les yeux en s’appuyant sur les bar(b)ons féodaux des régions et métropoles ayant encore une capacité d’endettement, sur les politiciens parachutés à la BPI et autres machins publics ou parapublics ayant une capacité de nuisance, et sur les riches amis ayant encore envie de subventionner des think-tanks, des cocktails, des livres, des rapports et autres instruments de confort pour déconomistes officiels ou sympathisants.

karineberger

Crédits : LCI – L’économiste en chef du PS y voit clair en déficits publics

Enfin, la courbe du chômage s’inverse, la croissance est au coin de la rue et on s’en rendra bientôt compte.

HetA

Crédits : Chaunu

Peut-être le Président de la République devrait-il quand-même couper quelques têtes à Bercy et assimilé, maintenant, pour commencer. Et suivre une formation permanente en comptabilité et économique publique rapidement, ensuite. Et puis changer pas seulement de de conseillers en communication, mais aussi de têtes pensantes en déconomie. Il doit bien y avoir des gens au PS, ou dans les sphères amies, qui savent ce qu’est un budget, une baisse d’impôts et un business qui marche, et qui parlent anglais. Quelqu’un qui aurait les yeux ouverts et de bonnes lunettes, ça serait mieux. Et des cheveux, ça nous changerait des Bercy-People chauves du neurone. Et si on trouvait un cador naturellement un peu bronzé, connu à l’étranger et communicant, ça ferait gagner un temps fou en maquillage et en coaching pour les plateaux TV et autres sommets à Bruxelles, meetings genre Davos, Aix ou G20, et autres pinces-fesses économiques, bancaires et financiers en Europe et dans le monde. En tout cas, c’est impossible de faire pire, autant changer de conseillers et de ministres, maintenant.

yannick-noah

Frenchonomics … une certaine idée de l’économie en général, un happening permanent quand les politiciens fonctionnaires, fonctionnaires politisés, et déconomistes officiels des courants du PS sont aux manettes de Bercy, Matignon et autres centres d’influence sur l’économie réelle et/ou normale.

Renaud Favier – 07 01 2014 – Compétitivité – LinkedIn – English

Frenchonomics          Compétitivité 2012 couverture

* * *

Piano ma sano ...

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s